“La question de la population”…
Posté par Re-source le 5 juillet 2009
La question environnementale a largement gagné toutes les sphères du débat, en particulier grâce au problème du changement climatique. Que ce soit en politique, dans le monde économique, de la recherche ou dans la société civile, de plus en plus de personnes sur cette Terre reconnaisse que nous avons un ‘problème, en gros que le ‘business as usual’ n’est plus possible et qu’il faut changer de direction.
La sacro-sainte “croissance” est de plus en plus souvent remis en cause et la réalité physique de notre terre nous prouvera probablement dans les 2 prochaines décennies qu’une croissance sans fin est illusoire.
A la lumière de tous ces faits (pollutions, limitation des ressources naturelles, changement climatique, dégradation globale de la nature …) un discours et une réflexion que je trouve extrêmement dangereuse est en train de gagner du terrain, en particulier au Royaume-Uni et on comprendra vite pourquoi: c’est d’ouvrir ou de poser la “question de la population” d’une certaine manière. En effet, quoi de plus simple, pensent certains, que d’attaquer notre problème économique et environnemental par celui qui le crée, l’homme.
Si nous consommons trop, détruisons trop de nature, polluons trop etc…pourquoi ne pas simplement limiter voire réduire la population mondiale alors que les projections estiment que nous serons peut-être autour de 9 à 10 milliards sur Terre. Les Chinois ont d’ailleurs parfois déjà utilisé cet argument pour donner après-coup un tour ‘vert’ à leur politique de limitation des naissances: tous les Chinois non-nés ont permis de significativement réduire les émissions de GES de la Chine entend-on dire…
Voilà le débat qui est très sérieusement ouvert au Royaume-Uni et porté par de hautes personnalités en de très hauts lieux…J’ai eu personnellement le droit (mais je m’en serai bien passé…) de voir des députés européens britanniques ouvrir la boîte de Pandore lors de grandes conférences sur l’environnement.
Et effectivement à visiter le site de ‘l’Optimum Population trust’ (qui se définit comme un ‘green think tank’…) l’on se rend compte que la question semble déjà largement dépoussiérée outre-manche. On est heureux d’apprendre que le sexe est la principale cause de la croissance de la population mais plus dubitatif d’apprendre que leurs réflexions sont bien avancées et qu’ils organisent des conférences avec des experts d’institutions prestigieuses comme la London School of Economics. En tous cas ils définissent l’optimum de la population soutenable à environ 5 milliards d’humain…Malthus a de beaux successeurs!
Ce qui est extrêmement dangereux dans cette question c’est qu’il en sera forcément fait mauvais usage et qu’il y aura bien un fou d’extrême-droite quelque part pour décider que l’optimum de population est à tel niveau et surtout de décider qui est de trop…
Ce qui est encore plus nauséabond c’est que comme par hasard ceux qui ouvrent cette boîte de Pandore sont parmis les personnes les plus riches et les plus consommateurs et pollueurs du monde…On a un peu l’impression que ce sont les biens portants qui ont peur pour leur niveau de vie, ne veulent pas faire d’autres changements fondamentaux et mettent donc sur la table de fausses questions…C’est sûr que si je veux continuer à rouler en 4×4 il vaut mieux que l’on ne soit pas trop nombreux car ça ne sera pas possible pour tout le monde…
Je n’ai pas eu écho encore pour l’instant d’autres pays ou régions du monde ou ce débat a été ouvert (le cas de la Chine relève d’un autre domaine).
Car se poser la question, c’est inévitablement devoir chercher à y répondre et l’OPT annonce qu’ils sont absolument contre toute politique de coercision au niveau planning familial. D’où mes questions à la leur: si nous sommes trop nombreux qui décidéra de l’optimum et sur quelles bases ? Qui devra contrôler ou réduire sa population et pourquoi tel pays et pas tel autre, comment définire les réductions de manière équitable? Est-ce qu’on sanctionnera les fautifs ? etc… Un débat réellement très difficile et probablement sans aucune issue sinon le chaos…
Au lieu de perdre notre temps dans des questionnements pour le moins douteux, il serait bon que toutes ces personnes mettent toute leur énergie pour s’attaquer au problème de fond de consommation matérielle de notre monde, du besoin de changement radical de style de vie, de refonte du capitalisme et surtout de redistribution mondiale des richesses pour que tous les enfants sur cette planète, en particulier les filles et les femmes, aient droit à l’éducation et à la formation, ce dernier point étant une solution clé de nombreux problèmes environnementaux et économiques.
Entre réduire au maximum son impact sur la nature par des changements radicaux dans notre style de vie et réduire la population pour préserver sans trop le changer un style de vie acquis, mon choix est fait…
La vigilance s’impose car cette question de la population n’est probablement qu’à ces début et j’espère que la sagesse l’emportera lorsqu’elle sera vraiment sur la table…
Guillaume a dit
A la lecture de ton post et de la littérature de l’OPT, je me sens très partagé.
D’un côté, il est indéniable que le nombre d’habitants a un impact sur la planète. Indéniable aussi qu’une croissance démographique effrénée ne permet pas le développement – entendu comme progrès collectif dans la production de biens essentiellement désirables (santé, éducation), pas comme progression du PIB.
De l’autre, des idées comme un nombre d’habitant “optimal” semblent radicalement absurdes et dangereuses. En effet, une fois ce nombre fixé “scientifiquement” (!) on se demande bien comment on pourrait l’atteindre autrement que par des méthodes coercitives.
Etant posé que notre impact sur les équilibres planéraires est, par définition, l’impact moyen de chaque être humain par le nombre d’êtres humains, il semble logique de considérer l’une comme l’autre variable.
Du côté de l’impact individuel, les variations sont colossales suivant les lieux et les modes de vie et l’enjeu fondamental est celui de la justice: ceux ont déjà beaucoup contribué à détruire la planète n’ont aucune légitimité pour imposer quoi que ce soit aux autres! C’est ce qui rend les propositions de l’OPT moralement insupportables.
Du côté du nombre, l’idéal serait bien évidemment que les individus choisissent librement le nombre d’enfants qu’ils souhaitent partout dans le monde. On en est évidemment bien loin et mettre l’accent sur la contraception me semble à cet égard parfaitement légitime.
Sans faire de malthusianisme, on peut comprendre qu’un pays comme l’Inde cherche à limiter sa population – ou en tout cas à en ralentir la croissance. C’est le seul moyen pour lui de maintenir des communautés rurales viables et d’éviter un exode rural ingérable.
Il y a donc un débat complexe, nécessairement différent d’un pays à l’autre, et légitime, même si la façon dont le pose l’OPT est inacceptable.
Rappelons cette belle maxime de Gandhi: “Earth provides enough to satisfy every man’s need, but not every man’s greed” – une belle maxime pour les Ecolos!